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  La JA Vichy redresse la tête et quitte la zone rouge en s'imposant face à Cholet (68-57). La bonne série devra continuer à Hyères-Toulon samedi prochain...  
 

William Gradit
Interview réalisée le 28 octobre 2006
Propos recueillis par Julien Favé


Tes débuts
J’ai commencé le basket sur les playgrounds de mon quartier à Strasbourg. Je n’étais pas bon au foot donc il me fallait trouver autre chose alors j’ai joué avec les grands de mon quartier. Au début, j’étais tout petit, j’ai grandi assez tard. C’était l’époque des Magic Johnson et Michael Jordan. Ca m’a bien plu mais je n’ai fait du basket en club qu’assez tard, vers 14 ans. J’ai débuté avec le club l’ASPTT Hautepierre qui était en plein milieu de mon quartier.

 


Strasbourg
Au début, j’ai cru que le basket était un sport mixte (rires)! A l’époque il y avait le finlandais Lehtonen qui jouait à la SIG et un jour, en regardant rapidement un match sur FR3, je l’ai vu avec ses cheveux longs et je l’ai pris pour une fille.
J’avais écrit pour faire des tests mais ils ne m’ont jamais répondu.


Devenir professionnel ?
Lors de ma deuxième troisième, je suis parti vivre chez mon père qui est très sportif puisque c’est un ancien décathlonien. Et comme à l’école on me demandait une orientation et que je ne savais pas quoi faire, j’ai décidé de tenter ma chance avec un centre de formation.
Quand je jouais en cadets, c’était le père de Stéphane Wagner, qui jouait à Boulazac l’an passé, qui m’entraînait. Il avait déjà mis son fils à Evreux alors à la fin de ma troisième, j’ai intégré leur centre de formation pour jouer meneur à l’époque.


Evreux (97-99)

Ce n’était pas ce que j’imaginais. L’ambiance était moyenne et l’encadrement n’était pas terrible. Quand tu mets deux gamins de 16 ans dans un appartement, il y a beaucoup de tentations. C’est dur d’être ancré sur les devoirs. En plus, Eric Fleury qui m’avait recruté était passé entraîneur des pros et ça ne s’est pas très bien passé avec son remplaçant. J’ai fait une première saison mitigée et j’ai tout plaqué lors de la seconde année.

A ce moment-là, il y avait beaucoup de joueurs d’Evreux qui étaient partis tenter leur chance aux Etats-Unis. Olivier St Jean bien entendu mais aussi Maizeroi, Hadiri… Je suis allé voir le manager, Didier Salvat, pour lui dire que je voulais retourner à mes études, que le basket n’était pas pour moi. Je lui ai dit que je voulais devenir testeur de jeux vidéos (rires) ! Je m’en rappellerai toujours de celle-là !
Je suis donc rentré à Strasbourg où j’ai galéré pour trouver une école. En plus, je devais aller aux Etats-Unis pour faire des camps donc pas simple. Côté basket, bien qu’étant encore cadet, je jouais avec les seniors d’un club du coin, Eckbolsheim. Dès que j’avais un moment de libre, je jouais au basket pour me garder au top physiquement. Je n’ai pas eu de réponse tout de suite mais au milieu de l’été, j’ai été recruté à Laurinburg Institute.

Laurinburg Institute (2000-01)
Il s’agit d’une Black Institution située au plein milieu de la Caroline du Nord. C’est un peu paumé mais l’ambiance était bien. Le complexe n’était pas super, la salle non plus et il y avait quelques problèmes entre les communautés. Mais cela reste une très bonne expérience de vie.
J’avais signé avec l’université de Rhode Island qui est en première division NCAA et, après une saison de prep school à Laurinburg, je devais aller là-bas. Mais durant l’été, le changement de coach a fait disparaître ma bourse et tout a été annulé.

Hill College (2001-02)
Je suis donc parti pour le Texas. C’était tout l’inverse de Laurinburg : les structures étaient superbes mais l’ambiance mortelle ! A l’époque je n’avais pas d’argent et ma bourse ne payait que mes bouquins et la cantine qui n’était pas terrible du tout. J’avais tout le temps faim et ça a été dur.
Au gymnase, je laissais la porte de derrière ouverte pour pouvoir revenir jouer pendant la nuit histoire de me couper la faim ! Je shootais, je courrais jusqu’à trois heures du matin, des fois je dormais même dans le gymnase…
Dès que la saison a été finie, j’ai appelé mon agent pour lui dire que j’étais prêt à jouer en pro. Je suis rentré et j’ai fait des essais à Nancy avec Sylvain Lautié. J’avais eu l’impression de survoler le truc mais arrivé dans son bureau, il ne me proposait rien de fantastique.

Paris (2002-04)
A Paris, je n’avais même pas fini les essais que Monclar voulait me signer ! La première année a été très difficile… mais par ma faute. Je suis revenu en avril des Etats-Unis et j’ai touché mon premier chèque de Paris en juin. C’était la première fois que je touchais de l’argent, c’était l’été donc je suis rentré à la maison voir les potes, « Super, on fait plus rien, on oublie un peu le basket ». Et au mois d’août, quand je suis revenu après quatre mois de coupure, je n’arrivais même pas à sauter !
Jacques m’est rentré dedans pendant un an, on s’est un peu fait la guerre mais tout était de ma faute. C’était ma première expérience et j’en ai retenu qu’il faut toujours s’entretenir, ne jamais couper totalement.
En fin de saison, je joue un peu. L’année suivante, je fais la Coupe FIBA, ça ne se passe pas trop mal. Mais en fin d’année, les américains reprennent le club et je n’entrais pas dans leurs plans.

Rueil (2004-05)
J’avais déjà fait des essais avec eux. A l’époque, je ne savais pas qu’ils avaient des problèmes d’argent sinon je n’aurai pas signé là-bas. Sportivement, j’avais super bien démarré la saison. Financièrement, c’était un peu chaud car on n’était payé que tous les deux mois. Je débutais, j’étais tout seul, loin de mes parents, ce n’était pas simple. Et à Noël, banqueroute ! Il faut tout recommencer, en plein milieu de saison. Pendant deux mois, j’ai galéré pour m’entraîner et me tenir en forme. J’avais demandé à la SIG pour m’entraîner avec eux. Au début, ils étaient d’accord. Mais ça ne s’était pas très bien passé avec le coach à Rueil, Olivier Garry qui était un pote d’Eric Girard. Après, ils me proposaient de m’entraîner mais avec les espoirs.
Heureusement, j’ai des vrais amis à Strasbourg. Je dormais chez un pote car je ne voulais pas revenir vivre chez mes parents et les mêler à ma galère. J’ai pu me faire ouvrir des salles pour m’entretenir tout seul et rester en forme.

Mulhouse (2004-05)
Je suis arrivé en cours de saison, en février, mais ça m’a fait du bien de retrouver un groupe. Ils m’ont tout de suite mis à l’aise. C’était un bon groupe et ça s’est bien passé. Je me suis fait beaucoup d’amis là-bas comme Mario Porter, Jean-Pierre le manager et même Charly Auffray, le coach. Même si on ne parlait pas trop en dehors, on s’entendait bien dans le basket. C’est aussi là-bas que j’ai connu Germain Castano qui était assistant. C’est lui me remettait en forme au niveau shoot car j’avais quand même deux mois de retard.

Besançon (2005-06)
Mulhouse ne me proposait pas grand chose d’intéressant financièrement alors le manager Jean-Pierre en a parlé à Germain Castano qui était parti entraîner Besançon.
J’ai une sorte de réputation qui me précède. Je ne sais pas si ça vient de mes débuts à Paris ou de ma dégaine mais c’est comme ça. C’est vrai que j’ai un caractère un peu impulsif mais je me suis calmé et je ne suis pas un mauvais garçon. En tout cas, Germain Castano hésitait à me recruter de peur que je sois difficile à gérer. Finalement, il m’a signé et il a bien fait.
Au début, j’étais prévu pour jouer 15min. Hoard s’est blessé en début de saison et c’est moi qui ai pris le relais. Ca s’est super bien passé, on avait un super groupe. On fait une super saison mais c’est dommage qu’on ne joue pas mieux les playoffs. C’est le meilleur moment de la saison pour moi : il y a la qualité de jeu, la tension, l’épuisement et c’est là le plus intéressant. Après, certains joueurs se contentent de certaines choses et c’est ce qui s’est passé. Les américains avaient un peu envie de rentrer, le club ne nous a pas aidé car les primes de playoffs n’étaient pas intéressantes et se blesser à ce moment-là alors que tu n’as pas de club pour la saison suivante, ça fait réfléchir. Je le regrette mais ça s’est passé comme ça, on s’est contenté de l’accession en ProA. Tant pis pour Bercy, ça sera avec Vichy.
Pour la ProA, ils ne me proposaient qu’une place de troisième ou quatrième ailier. Déjà, en cours de saison, quand Hoard est revenu, Castano m’avait remis sur le banc sans sourciller alors que j’avais fait toute la saison en assurant. Je ne pensais pas qu’ils me donneraient ma chance donc j’ai préféré refuser, repartir en ProB et travailler avec des gens qui me veulent.

Jean-Louis Borg
Je l’avais juste croisé avec Besançon l’an passé. Il m’a contacté en fin de saison pour discuter un peu de la situation. C’est quelqu’un de simple, franc, direct. Il ne cherche pas midi à quatorze heures, s’il y a un problème, il va te le dire direct et après on passe à autre chose. Je suis très content de jouer pour lui.

 

 

La JA Vichy
Ca faisait depuis longtemps que je voulais venir à la JAV. J’ai toujours aimé ce complexe sportif avec des espaces verts autour. J’étais venu faire des essais lors de la dernière saison en ProA mais ils avaient pris Samuel Nadeau à ma place. Je me sens bien dans ce club. C’est un plaisir de jouer tous les samedis devant autant de monde qui te pousse.

Le public
J’ai toujours connu Vichy comme un chaudron et je suis content que la salle redevienne chaude cette saison. Les spectateurs sont près du terrain et tu ne peux pas te permettre de ne pas sauter dans la tribune pour aller chercher le ballon (rires) ! Tu ne peux pas sortir du match si ton maillot n’est pas mouillé. C’est une question de devoir, de respect. Il faut leur donner tout ce qu’on a.

 

Un coéquipier
J’ai plusieurs personnes que je ressortirai. Déjà Jacques Monclar et Laurent Sciarra. J’ai défendu pendant deux ans sur lui et il m’a appris la lecture de jeu. Jacques et Lolo m’ont appris la lucidité du jeu : attendre, regarder ce qui se passe. Ce sont des hommes de caractère et je suis content de les avoir cotoyé.


Mario Porter à Mulhouse est devenu un de mes meilleurs potes. Il est comme un frère pour moi. Et Florent Eléléara. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi calme dans la vie et capable de changer totalement quand il s’agit de s’amuser. Un grand bonhomme mais je ne peux pas en dire plus (rires) !

 

 

Un rival coriace
Zach Moss ! Quand on jouait l’un contre l’autre, c’était toujours à la limite de la bagarre : on s’insultait, on se mettait des coups de coude… Quand on s’est retrouvé, on en a rigolé car on s’est dit que cette année, on n’aurait pas à se battre (rires) ! Mais si demain il va à la baston, j’irai avec lui.

 

Ton meilleur souvenir basket
Le match contre Boulazac avec Besançon. C’est le match de la montée, victoire avec accession au bout à la maison. Gros match, grosse fête derrière. Je n’avais jamais vécu des moments comme ça en basket.

Le pire
Ma première année à Paris quand je suis arrivé hors de forme et que j’ai mangé du Monclar pendant un an (rires) ! Une année de suicides et de pompes, ça forge ! J’ai déconné et j’ai payé ! Il ne peut plus rien m’arriver maintenant.

Ta dernière faute technique
Ca devait être face à Zach. A Antibes, un de ses coéquipiers marque et lui prend le rebond. Je passe à côté et il me met un coup de coude dans les dents (rires). Je vais pour lui sauter dessus et je prends un technique.

Ta dernière embrouille avec quelqu’un
A Châlons l’an passé pendant les playoffs avec Besançon. On a perdu et en sortant du terrain, un spectateur me frappe la tête avec un journal et me coupe. J’ai essayé de lui attraper son journal et je suis rentré aux vestiaires.

Toi à l’école
J’étais assez dissipé on va dire ! J’avais beaucoup d’énergie, j’aimais bien bavarder. J’aimais le sport et l’histoire-géo mais le reste, ce n’était pas fait pour moi. J’avais du mal à assimiler ce qu’on me racontait, je ne voyais pas trop l’intérêt.

Ton premier job
J’ai bossé à Paris store, une grande surface chinoise à Strasbourg à 16 ans. J’étais magasinier.

Une journée sans basket
Je suis avec mes potes : petite terrasse, on sirote un petit jus, on va manger, cinéma, on rôde un peu, partie de jeu vidéo, si ça se passe bien une petit sortie. Faire les boutiques aussi. Maintenant que ma copine est avec moi, je fais plus de choses pour elle évidemment mais j’ai plusieurs envies. Je m’aère l’esprit.

Les arts martiaux
J’ai commencé par les arts martiaux avant le basket. Chaque été, je fais du free fight. Je m’entraîne et je m’entretiens comme ça. Après une saison de basket, ça me permet de couper tout en gardant la forme, le physique.

 

Tes tatouages
Sur les avant-bras, à droite j’ai les enfers et à gauche j’ai les anges. C’est une lutte constante entre les deux. C’est un peu moi car avant j’ai fait quelques bêtises mais dieu merci je m’en sors bien et c’est un moyen pour moi de m’en souvenir.
Sur le haut du bras droit, j’ai fait celui-là pour ma grande sœur qui est décédée. Celui-là c’est « Death is promised », la mort est une promesse avec un visage qui rit, l’autre qui pleure. J’ai aussi un tribal tigre qui symbolise la tribu de mon père. Sur le pec, j’ai un tigre et un dragon qui signifient fureur et rage. Sous l’avant-bras, j’ai « Ghetto native » car j’ai grandi dans les quartiers. Je suis métis, je suis quarteron et dans chaque groupe ethnique où j’allais on me disait que je n’étais pas à ma place. Et là ce sont les initiales de ma famille.

Les quartiers
A mon époque, c’était comme un grand village. On jouait au foot ensemble, il n’y avait pas les problèmes qu’il y a aujourd’hui. Il y en avait déjà c’est clair mais ça ne se voyait pas autant. Les gens étaient plus discrets. Notre drogue à nous, c’était le sport ! Basket, foot et même aller à la pêche. Tu dirais ça maintenant, ça paraîtrait bizarre mais pas à l’époque.
Dans un quartier, je ne me sens pas agressé. C’est un endroit comme un autre. Ca me donne une philosophie de vie, je suis quelqu’un d’ouvert, je ne suis pas en retrait. Que ce soit la campagne ou le quartier, il y a toujours quelque chose à apprendre.

Si tu ne jouais pas au basket / l’après basket
Si le basket n’avait pas marché, j’aurai fait l’armée ou alors éducateur car j’aime bien les enfants. Maintenant, pourquoi pas se barrer sur une île et ouvrir un petit commerce.

Une tenue préférée
Le short avec un marcel et des claquettes quand il fait chaud (rires).

Un CD
J’aime la musique en général alors je ne vais pouvoir te ressortir un artiste ou même un type de musique. Un cd de mp3 avec plein de musique dessus et ça fait l’affaire.

Un film
Je suis très cinéphile. J’ai beaucoup de films chez moi. Je vais te sortir Gladiator, La cîté de Dieu, le grand bleu… J’aime le cinéma à tel point qu’il m’arrive d’y aller tout seul.

 

 

 

Un livre
L’art de la guerre de Sun Tzu. C’était mon livre de chevet quand j’étais en guerre avec Monclar (rires).

 

 

 

Un magazine ou un journal
L’actu des jeux vidéos.

Ta dernière folie
J’ai acheté trois jeux vidéos le week-end dernier.

Deux ou trois destinations où tu aimerais aller ou retourner
J’aimerai retourner sur l’île de la Réunion. J’aimerai bien découvrir l’Afrique et l’Asie. Mon père est né au Vietnam et mes vraies racines sont en Polynésie. Donc j’aimerai bien m’y rendre pour connaître un peu mieux tout ça.

 

 

Un surnom
A Paris, on m’appelait le coyote. Mais depuis Besançon, on m’appelle Ill Will pour mon côté folie. Ici, Zach m’appelle Yao en référence à Yao Ming aussi.

Trois choses à sauver en cas d'incendie
Une paire de baskets, mon porte-feuille et… Ah mais là, ça va être dur car il me reste ma console et mon écran plasma ! Je laisse les baskets et je prends les deux (rires) !

Ton principal trait de caractère
J’ai un gros cœur.

Et celui dont tu es le moins fier
Je suis impulsif. J’arrive à me canaliser maintenant, je choisis les moments où ça sort quand même.

Une habitude avant les matches
Je prends une douche.

Une habitude après les matches
On va manger tous ensemble pour décompresser un peu et je retrouve ma femme.

Ce que tu changerais dans ta vie
Rien !

Ce qui te met de mauvais poil
La blessure. J’ai déjà fait quelques entorses et c’est ce que je redoute et qui m’énerve le plus.